Laurent Chanel

Laurent Chanel est venu en résidence avec l’intention de faire une performance en immersion dans une crevasse.
Il explique sa démarche dans le texte qui suit. Grâce à l’appui technique de Paulo Grobel, guide haute montagne, Laurent a pu mener à bien ce projet :

 

Repérage pour trouver la bonne crevasse avec Paulo Grobel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

cle des glaciers / in-situ / 360° / maintenantattendre - dans le ventre du glacier - sentir - déposer le poids de la chair - entendre - respirer la glace - observer les mouvements du temps - peser - se mélanger à l'atmosphère - fondre

attendre – dans le ventre du glacier – sentir – déposer le poids de la chair – entendre – respirer la glace – observer les mouvements du temps – peser – se mélanger à l’atmosphère – fondre

 

«  Englacement est un performance posturale. Je propose un état de fonte. Un corps réceptif à son milieu dans un état entre veille et sommeil. La tension musculaire est au plus bas et mon attention divague entre une vigilance aux stimulis extérieures autant qu’aux sensations internes. J’écoute, le regarde, je ressens et j’imagine. 

M’englacer dans le ventre du glacier de la Girose. Penser à mon rêve, ce chaman qui applique une forme de vie sur mon visage et m’apaise et me donne garde d’effectuer le changement nécessaire par le physique. Je descend dans la faille. Être là, dans ce que je fais. me déshabiller, me coller, adhérer à la situation. Glace vive, glace pilée. M’immobiliser pour accueillir le changement d’état. Ne pas glisser. Je suis de dos et je peine à rester stable, j’aperçois la voute envoutante. Cette crevasse est un temple.  Une invite périlleuse autant qu’un cocon enveloppant. On peut y lire de multiples strates de stalactites et quelques tonnes qui adhèrent dessus. Ça me glisse, ça me tasse et me compacte. Une lente densification. L’air du glacier rentre dans mes narines et s’écoule dans mes conduits creux. La cavité de ma gorge. La glace me tourne par le coté gauche La respiration est ample et tranquille, moins agitée que l’esprit. Le contact des doigts de pieds qui agrippent la glace. Beauté des particules glaciaires. Le lieu me courbe. Il m’enveloppe et fais chambre d’écho. Peau à peau. Une fonte aussi, sentir l’eau qui s’écoule entre mes omoplates. Un micro-lac de dos s’est formé. le temps qui s’égrène. Une attente. Quelques tremblements qui surviennent sur la fin, discrets. Ma tête tournée vers le sol ou bien vers le fond. J’observe les nappes colorés. Et je ferme les yeux pour sentir la froide glace. Son poids qui s’immisce. Penser à finir, ne pas savoir s’il est temps et être prêt cependant. Différer un peu mais revenir au nécessaire, par le bruit d’une chute de matière qui me fait sursauter. Me rhabiller en prenant garde à ne pas glisser. Quitter la caverne. Grelotter au soleil, fou de joie et rempli d’atmosphère. Dans mon ventre un glacier. »